Les Noces de Cana

A Cana, ville de Galilée, Jésus accompagné de ses disciples et de sa mère, participe à une noce. Comme le vin manquait, Jésus, à l’insu des invités et des mariés, fait remplir d’eau des jarres, et cette eau devient du très bon vin, en grande quantité. Il s’agit là du premier « signe » ou « œuvre »(ce sont les noms donnés par Jean aux miracles) de Jésus.

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Sens du texte
Que signifie cette noce de Cana où Jésus semble se plier à la demande de sa mère, d’autant que l’obéissance à ce geste, dans un autre contexte, est loin d’être digne, puisqu’elle risque de conduire les invités à l’ivresse ?

A travers une action chargée de symbolisme, la manifestation divine qui se déploie, va emporter l’adhésion des derniers récalcitrants campés derrière leurs doutes : le miracle de Cana s’achève par l’adhésion des disciples qui « crurent en lui ».

Ici à Cana, Jésus n’enseigne pas par des paroles, il agit. Il manifeste la puissance divine. Toute la force de cet épisode réside dans le geste, accompagné de peu de mots.

Dans l’évangile selon saint Jean, le ministère de Jésus commence par une semaine inaugurale, parallèle à la première semaine de la Création (cf. Gn 1,1-2,4a). Dans les textes qui précèdent, Jésus appelle ses disciples à le suivre. Saint Jean place la manifestation de la divinité du Christ le troisième jour suivant la rencontre avec Philippe et Nathanaël. L’épisode de Cana est un moment festif au cours duquel Jésus transforme beaucoup d’eau en vin. Il s’agit bien d’une noce, au cours de laquelle se déploie un événement important de manifestation divine, comme au Baptême (Matthieu 3, 13-17).ou à la Transfiguration (Matthieu 17, 1-8).

Derrière l’aspect matériel du vin et de l’eau c’est tout un essentiel qui est présenté.

Tout d’abord, nous observons la réaction de Jésus face à la demande de sa mère qui, humainement parlant, en fait un peu trop. En effet, elle le pousse à se montrer là où il semble qu’il ne voulait pas aller, en tout cas pas si tôt.

Moïse, afin de convaincre Pharaon de laisser partir le peuple d’Israël, avait changé l’eau du Nil en sang (Ex 7,14-25). Jésus est présenté ici comme un nouveau Moïse.

Un autre aspect du vin qui mérite d’être abordé est celui de la fête. En effet il ne peut y avoir de réjouissances sans le vin…

Dans l’Ancien Testament, particulièrement chez les prophètes, on trouve le vin lors du festin messianique (Is 25,6 : « Yahvé Sabaot prépare pour tous les peuples, sur cette montagne, un festin de viandes grasses, un festin de bons vins, de viandes moelleuses, de vin dépouillés ») ou dans des descriptions eschatologiques (Jl 4,18 : « Ce jour-là, les montagnes dégoutteront de vin nouveau » ; Am 9,13 : « Les montagnes suinteront de jus de raisin, toutes les collines deviendront liquides. ».

 

Quelle est donc la portée de ce vin qui coule à flot pour marquer la fête, la joie et que l’on sert autant pour les mariages que pour des retrouvailles longuement attendues ?

L’abondance dans les textes bibliques rappelle le don de Dieu. Toute abondance trouve sa source dans le don que Dieu fait aux hommes.

A travers un geste qui semble bien banal, c’est le Christ qui se manifeste en tant que Fils de Dieu. Ce premier signe de Jésus réunit deux substances distinctes en une seule pour donner lieu à un miracle : l’eau transformée en vin. Ce signe placé au début de la vie du Christ évoque déjà l’ultime mystère de Jésus Christ au cours du dernier repas avant sa crucifixion où il transforme le vin en sang.

Miracle parallèle à celui de la multiplication des pains, il préfigure l’Eucharistie.

Le Signe de Cana préfigure toute une série d’évènements qui conduisent vers la reconnaissance de Jésus Christ comme Fils de Dieu. Il donne rétrospectivement à l’épisode de Cana une place centrale et très importante dans le processus de la montée vers l’Heure de Jésus, qu’est la Croix (Jn 2,4 : « Mon heure n’est pas encore venue » ; Jn 13,1 : « sachant que son heure était venue »).

A un niveau mystique, à travers ces noces, ce sont les épousailles de Dieu avec l’humanité qui nous sont racontées, en Jésus de Nazareth, Dieu s’est fait homme, en tout, excepté le péché.

 

Personnages principaux
Les personnages principaux des Noces de Cana.

Jésus Christ : au cours de son périple à travers la Galilée et la Judée, il est invité à des noces à Cana de Galilée, le troisième jour après la promesse qu’il a faite à Nathanaël, disciple originaire de Cana, de voir de grandes choses s’il se met à sa suite…
Cette fête à Cana inaugure ce que l’on appelle « la vie publique de Jésus ». Au-delà de l’histoire d’un jour, Jean invite à comprendre la vie de chaque jour comme les épousailles entre Dieu et l’humanité.

Marie,la mère de Jésus : invitée, elle agit comme si elle se sentait concernée par la désorganisation du repas de noces. Pour cela, elle incite son fils à agir, sachant au fond d’elle-même qu’il peut intervenir, mais à un moment qui n’est pas encore celui que Dieu a choisi pour manifester le Christ comme Dieu sauveur. Jésus exprime la différence qui existe entre lui, le Fils de Dieu et Marie. Certes, elle est sa mère, mais elle n’a pas d’ordres à donner au Seigneur ni à s’immiscer dans son ministère. Il ne lui manque pas de respect, mais lui donne à comprendre qu’il agit indépendamment, en vertu de sa seule autorité, et que dans l’exercice de sa mission, il n’est tributaire d’aucun lien naturel.

Le marié : En donnant lui-même du vin destiné aux invités, Jésus prend la place de l’époux, bien silencieux par ailleurs. La remarque du maître du festin au marié, à qui il attribue le mérite d’avoir gardé le meilleur vin pour la fin, semble indiquer que c’était au marié que revenait une certaine responsabilité quant au vin !

Par ailleurs rien n’est dit quant à l’épouse ! Quand on demande où est la mariée dans cette scène champêtre au village de Cana, on est bien en peine de répondre… Jean ne la décrit pas, ne signale pas sa présence. Cet indice invite à rechercher la dimension spirituelle que Jean a voulu donner à son récit.

Le maître du repas, l’intendant : il rappelle la coutume d’organisation du repas en positionnant le vin moins bon après que les papilles des invités soient quelque peu diminuées par les premières coupes. D’ailleurs il se trompe en croyant le marié responsable de la qualité du vin servi jusqu’alors.

Les serviteurs : les plus humbles de la scène, témoins directs de l’eau changée en vin, acteurs impliqués dans le travail de remplir les 6 jarres jusqu’au bord, ils obéissent à l’injonction d’une invitée leur demandant de faire ce qu’un autre invité leur ordonnera. Malgré le côté insolite de la situation, ils restent discrets après le signe manifesté. Rien n’est dit quant à leur foi éventuelle en Jésus Christ.

Les disciples : chez l’évangéliste Jean, le signe manifesté est souvent le point de départ de la foi des disciples du Christ. Jésus vient de leur révéler son identité. Les disciples commencent à entrer dans la foi.

 

 

Histoire de la rédaction du texte
L’ Évangile de Jean aurait été rédigé à Ephèse (port et capitale de la province romaine d’Asie).

Le noyau initial a été probablement rédigé en Judée. La rédaction de cet Evangile, obéit à un long processus ayant abouti vers la fin du 1er siècle, à l’état que nous lui connaissons aujourd’hui.
 

Peinture et sculpture
Les peintures et sculptures représentant les Noces de Cana.

Peintures et sculptures du 8ème au 21ème siècle

 

Véronèse, les noces de CanaVéronèse : Les noces de Cana (1562-1563)
Tableau au format impressionnant (666 cm x 990cm) et dont les personnages, parmi les 132 représentés, sont le portrait de célébrités de l’époque de l’artiste, voire l’artiste lui même et certains de ses amis, dans le groupe de musiciens.

 

Giotto - CanaGiotto décore vers 1306 la chapelle de Scrovegni de Padoue avec un grand nombre de fresques dont celle de Cana, où la mariée est au centre, figure de l’Eglise unie au Christ.

 

Gérard David - CanaGérard David, peintre d’origine hollandaise, a exécuté un tableau des noces de Cana, de 1500 à 1510, tableau actuellement au Louvre.

 

Maarten de Vos - CanaMaarten de Vos, peintre flamand, a exécuté un tableau des noces de Cana, 1595, cathédrale d’Anvers

 

Arcabas, Eglise de notre dame de la SaletteArcabas : église de Notre Dame de la Salette, peinture de 1989

Arcabas a choisi de représenter l’épisode des noces de Cana en quatre parties :

* une scène principale,

* et trois petites scènes.

Dans la scène principale, celle du haut, on trouve 4 personnes à table et une autre debout derrière. Au centre, Jésus lève une main pour bénir, et nous regarde, comme pour nous inviter à pénétrer auprès de lui dans le mystère. Autour de lui, trois personnes l’écoutent : la mariée à ses côtés, et deux hommes, dont l’un qui se penche pour mieux voir, ou entendre.

Derrière lui se trouve Marie. Alors que la scène est moderne : robe moderne pour la mariée, pantalons et costumes pour les serviteurs, Marie est vêtue de son manteau bleu classique, la tête couverte. Elle n’appartient pas exactement au même monde : son temps n’est pas le nôtre.Comme les autres, elle ne regarde que Jésus.

Sous la scène principale, trois petites scènes.

Dans la première, Marie est venue voir les serviteurs.Un petit garçon la regarde, et les serviteurs qui tiennent les cruches à la main, l’écoutent. Jésus est physiquement absent mais il est présent par la croix au dessus de sa mère : elle vient parler en son nom.Ses mains sont ouvertes. Ce n’est pas un ordre qu’elle donne, c’est un don qu’elle fait.

Dans la seconde scène, les serviteurs obéissent : ils vident les cruches dans les jarres. Celles-ci paraissent totalement anachroniques : les ballons de rouge, et ces amphores… mais le don du Christ est intemporel.

Dans la troisième scène, les serviteurs ont amené le vin au maître du repas, et l’un d’entre eux attend le verdict.

 

Musique
Les musiques faisant référence aux Noces de Cana.

Chant grégorien : Nuptiae factae sunt in Cana Galilaeae
Nuptiae factae sunt in Cana Galilaeae ; et erat ibi Jesus et Maria mater ejus.

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Jules Massenet, La Vierge – Les noces de Cana « Ô mon fils ! On t’acclame ! »

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Jacques Brel, Si c’était vrai, 1958

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Littérature
La littérature relative aux Noces de Cana.

Bernard de Clairvaux : sermon 2 pour le dimanche après l’octave d’ Épiphanie (« Invités à des noces spirituelles »).

Arcabas Notre-Dame de la Salette aux éditions du CERF (excellent ouvrage avec un chapitre entier consacré aux noces de Cana) : texte écrit par Patrick Laudet avec des photos de Marcel Crozet.

Max Jacob, « Noces de Cana », dans Poèmes de Morven le Gaélique, 1926.

Seamus Heaney, « Cana Revisited », 1969.

 

Cinéma
Les Noces de Cana dans le cinéma

Luis Buñuel, La voie lactée, 1969
Luis Buñuel et Jean-Claude Carrière rejouent le miracle avec un humour corrosif puisque c’est l’eau de toilette qui est transformée en vin.

Intolérance de David Griffith 1916 : une séquence, les noces de Cana, évoque le bonheur des amours bénies par Dieu.

Noces de Cana, revisitées par Peter Greenaway : installation multimédia monumentale sur une trentaine d’écrans géants à l’Armory (Manhattan) en décembre 2010.

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Pour aller plus loin

Mettre de l’eau dans son vin:

Dans l’Antiquité, le vin est un produit de luxe. En effet, les pressoirs ne sont pas alors ce qu’ils sont devenus avec la mécanisation. Les fouleurs s’affairent nuit et jour pour extraire le jus de raisins écrasés Après le temps de la fermentation, le jus, tannique à souhait, est conditionné dans des jarres, tel quel : on peut comprendre pourquoi, à la Cène Jésus ajoute de l’eau à son vin. Ce n’est pas juste un symbole. Il y a aussi l’aspect pratique : le vin est imbuvable sans l’ajout d’eau.

Aujourd’hui cela n’a pas de sens de mettre de l’eau dans le vin sauf pour reproduire à l’identique le geste du Christ lors de la Dernière Cène ou pour allonger sa boisson.

Le vin que produisaient les vignerons de l’Antiquité était extrêmement fort en alcool, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui !

Le vin était aussi utilisé, dans l’Antiquité, comme médicament (cf. Lc 10,34 : « Il s’approcha, banda ses plaies, y versant de l’huile et du vin » et 1 Tm 5,23 : « Cesse de ne boire que de l’eau. Prends un peu de vin à cause de ton estomac et de tes fréquents malaises »; mêlé avec de la myrrhe, il apaise la souffrance des crucifiés (cf. Mt 27,34).

 

Commentaires de l’auteur de la note:

Épîtres: lettres écrites par des chrétiens du premier siècle, dont l’apôtre Paul. 21 appartiennent au canon du Nouveau Testament, rédigées à l’intention de communautés chrétiennes ou de destinataires nommément reconnus. Elles sont l’expression de la foi de l’Eglise primitive dans sa diversité et son unité.

Bonne Nouvelle : cette expression désigne à la fois le message chrétien, et les livres contenant la vie de Jésus et son enseignement. Il provient directement du mot grec euaggelion = bonne nouvelle.

« Puis il leur dit : Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toute la création. Celui qui croira et qui sera baptisé sera sauvé, mais celui qui ne croira pas sera condamné. » (Marc 16:15-16).

Miracles : intervention de Dieu ou du Christ aussi bien dans les domaines spirituel
(pardon des péchés), matériel (guérison de maladies ou infirmités) ou liée aux éléments (tempête apaisée). C’est un acte de puissance, lié à la foi des hommes.
Remarque: l’ évangile de Jean ne parle pas de miracles mais de signes.

Transfiguration : vient du grec metamorphôsis, qui signifie « changement de forme. Cela concerne un récit d’une révélation accordée sur une montagne aux trois apôtres, Pierre, Jacques et Jean. Jésus y apparaît illuminé et étincelant de lumière, accompagné des deux piliers de l’Ancien Testament que sont Moïse le libérateur de l’esclavage pour les Hébreux, auteur de la loi du peuple et Elie, l’un des plus grands parmi les prophètes.

La Cène : le dernier repas de Jésus avec ses disciples, quelques heures avant son arrestation et sa crucifixion. Il comporte les gestes de Jésus prenant congé des siens, avec un discours d’adieu, envisageant passé et avenir.

Le dernier repas de Jésus est vu comme le fondement de la pratique eucharistique des chrétiens, concernant notamment les gestes et paroles sur le pain et le vin.

Au cours du IIeme siècle, prononcée sur le pain et la coupe de vin, l’Eucharistie (venant du grec eucharistia signifiant « action de grâces ») finit par donner son nom à la Cène, où se trouvent célébrées l’annonce de la mort du Christ, sa Résurrection (Pâque nouvelle), l’alliance nouvelle avec le peuple qui reconnaît le Christ comme sauveur, la victoire de Dieu et l’anticipation du festin lié à la vie éternelle.


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