Gérer le travail et les enfants, une équation impossible ?

Concilier son travail et ses enfants relève pour beaucoup de l’exercice d’un funambule, sans être impossible. Gérer le travail de chacun et les enfants nécessite toutes les attentions.

« Il n’a sans doute jamais été aussi difficile d’être parent qu’aujourd’hui : quand Papa et Maman travaillent, aucun des deux n’est disponible pour l’éducation. Il est urgent d’aider les parents à aider leurs enfants », résume Jean-Eudes Tesson, conseiller conjugal et familial au CLER.

Gérer le travail et les enfants, une équation impossible ?

Gérer le travail et les enfants, une équation impossible ?

Les critères à prendre en compte

Chez Catherine, responsable relations clients et Philippe, chasseur de têtes, tous les deux la quarantaine passée et 3 enfants de 5 à 13 ans, l’organisation est minutée. « 6 h 30 : lever. Je pars à 7 h pour mon travail situé à 50 km, explique Catherine. Philippe emmène les enfants à 8 h 30 à l’école avec 15 minutes de garderie ». Le midi, les enfants mangent à la cantine, mais Philippe revient à la maison et profite d’une pause imposée de deux heures pour faire les courses deux fois par semaine, des lessives et du repassage. « Le soir, une aide familiale récupère les enfants à l’école, les fait goûter, leur fait faire les leçons et les emmène aux activités si besoin. Nous arrivons tous les deux vers 18 h – 18 h 30 », ajoute Catherine. « Le temps familial se réduit à 2 ou 3 heures le soir », constate Philippe. Pas si mal ! Catherine garde son mercredi pour être disponible pour ses enfants. « L’organisation est relativement efficace », conclut Philippe.

Pour Lise, 41 ans, urbaniste et ayant une fille de 12 ans, « ma priorité, c’est la vie professionnelle. En fait, je ne souhaitais pas avoir d’enfant. Mon origine allemande me persuadait que ce n’était pas possible. Mais j’ai accepté, car je savais qu’Alain serait un bon père. Aujourd’hui, je ne regrette rien : c’est très enrichissant ». Mais Lise n’a jamais voulu d’autre enfant : « J’ai ainsi pu faire ma thèse pendant 6 ans, on retape une maison secondaire ». Un deuxième enfant n’aurait pas déplu à Alain ainsi qu’une vie plus familiale, mais il n’en a jamais fait une condition sine qua non. Les statistiques le confirment : avec un ou deux enfants, le taux d’activité des femmes est de 83 %, avec trois enfants ou plus, il tombe à 66 %.

L’âge et le nombre d’enfants

En fait, bon nombre de paramètres sont à prendre en compte. Plus que l’âge des enfants, qui impose des conditions de garde parfois difficiles voire impossibles à mettre en place (crèche, assistante maternelle ou nourrice introuvables), le nombre d’enfants a toute son importance.

Le recours au temps de travail partiel

Le recours au temps de travail partiel est très prisé par d’autres, toujours plus chez les femmes (30 %) que les hommes (6 %) et davantage lorsque les enfants sont plus nombreux.

Le curseur est difficile à placer : « Certains parents privilégient le bien être de leurs enfants à leur éducation ou vont même culpabiliser d’avoir donné la vie », selon Jean-Eudes Tesson. « Il faut aussi parfois de l’audace : Monsieur pourra peut-être travailler moins s’il gagne moins que Madame, ce qui lui permettra de s’occuper davantage des enfants ».

La distance domicile-travail

La distance domicile-travail est également primordiale. Ainsi Philippe juge-t-il que l’organisation de leur travail respectif depuis cinq ans n’était possible que parce qu’il était à 5 minutes de son travail. Ce qui n’a pas empêché Catherine de rechercher un travail qui lui permette à la fois d’évoluer tout en étant près de chez elle : c’est chose faite, même si elle y perd son mercredi.

Du coup les taches seront partagées au quotidien et la qualité de vie meilleure. La Nantaise Lise a elle travaillé à Paris et maintenant à Blois, ce qui n’est pas simple sur le plan familial, même si elle a désormais son mercredi. Du coup Alain s’oblige « pour la stabilité familiale » à ne pas changer de travail, même s’il le souhaiterait.

Le système de protection sociale français

Le système de protection sociale français, certes coûteux, aide évidemment les familles : congés de maternité, paternité et parentaux rémunérés mais aussi services d’accueil des moins de trois ans et accès généralisé à l’école maternelle expliquent pour une bonne part que le nombre d’enfants par femme en France soit le plus élevé d’Europe : 2 contre 1,36 en Allemagne, ou 1,42 en Italie.

Philippe a apprécié son congé de paternité : « Après la naissance de notre dernière, on a retrouvé notre équilibre, sans précipitation ». Quant au congé parental, il reste encore à utiliser avec prudence selon les cas. Si Magali n’a pas hésité pour sa quatrième à y recourir à mi-temps, son métier d’aide soignante étant très demandé, Catherine ne l’a choisi qu’à 20 % pour sa troisième, afin de ne pas risquer l’éjection de son poste. La prudence s’impose aussi quand on confie ses enfants : s’assurer de leur épanouissement ou se remettre en cause en cas de fort report d’affection n’est pas superflu ! Un conseiller conjugal et familial peut apporter son éclairage.

Le choix des horaires de travail ou la souplesse de son organisation

Le choix des horaires de travail ou la souplesse de son organisation amélioreront le quotidien.

Ainsi Stéphane et Magali, à peine la quarantaine et quatre enfants de 1 à 12 ans, travaillent tous les deux, lui comme chef d’équipe dans le bâtiment à plein temps et elle comme aide-soignante à mi-temps. Mais lors de sa reconversion, Magali a choisi le métier d’aide-soignante entre autres pour pouvoir travailler de nuit. Du coup, ils n’ont pas besoin de quelqu’un pour s’occuper des enfants mais font seulement appel de temps en temps à la mère de Magali notamment pendant les vacances. Avantage des familles nombreuses, « Stéphane s’occupe très bien de sa petite sœur sans qu’on l’y oblige », remarque Magali.

Jean-Eudes Tesson, également président du groupe Tesson (transports frigorifiques) milite pour davantage de flexibilité dans l’organisation du temps de travail : « Je dis souvent à mes salariés : partez une heure plus tôt. Le salarié doit oser demander du temps partiel, du télétravail, une aide à la parentalité, à la garde des enfants. Il sera de toute façon plus performant. J’ai accepté sans problème qu’un cadre  télé-travaille à la naissance de jumelles. Tout dépend aussi comment les choses sont demandées ». Et de citer sa fille qui lors de son congé maternité lui a proposé de télé-travailler. Certains objecteront que ce n’est pas légal, mais dépasser le strict cadre légal permet aussi parfois de travailler dans une ambiance agréable et favorise les retours d’ascenseurs.

Définir les priorités de vie

Définir les priorités

Définir les priorités

« Il faut trouver l’équilibre. Mais pour moi la priorité, c’est ma famille et mes enfants », explique Catherine. « On n’est pas carriéristes, mais on ne sacrifiera pas tout non plus pour la famille. Notre choix de travailler tous les deux, c’est aussi celui de ne pas faire reposer tous les risques sur un seul », tempère Philippe.

Mais concilier travail et enfants n’est pas seulement une question de temps. La qualité de la relation est vitale : ainsi Stéphane et Magali passent-ils des moments privilégiés avec chacun de leurs enfants séparément. Catherine et Philippe s’abstraient des tâches trop quotidiennes le week-end pour être plus disponibles. Catherine demande aussi à ses enfants de participer à la vie de famille (cuisine, jardinage): « Ça ronchonne au début mais une fois dedans, ce sont des occasions d’échanger, comme les trajets avec mon aînée ». De leur côté Lise et Alain ne « pourrissent » pas leur enfant unique mais lui apprennent au contraire à partager : ils « font avec » (musique, sport, bibliothèque…) plus qu’ils ne la gâtent.

Pour opérer ces choix et favoriser ainsi une répartition harmonieuse des tâches au sein du couple et une vie de famille épanouie, « il n’y a pas de recette miracle : il faut en parler ensemble », conclut Jean-Eudes Tesson.

Pour en savoir plus

Des associations

Des livres

  • Maman, je ne veux pas que tu travailles ! Concilier vie familiale et vie professionnelle sans culpabiliser – Anne-Marie Filliozat et Isabelle Filliozat – Ed Dervy, Paris.

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