Quand la prison devient un lieu d’espérance

Seule avec une dizaine de détenues dans une salle de la prison de Valenciennes, Delphine mère de famille, ouvre la Bible pour lire le texte du jour.

Depuis près de 6 ans, elle rend visite chaque semaine aux détenues de la prison de Valenciennes. Engagée dans l’aumônerie chrétienne, elle a à cœur de briser la solitude de ces femmes coupées du monde. En faisant entrer avec elle la Parole de Dieu en prison, elle ouvre un espace de dialogue, de liberté et d’espérance.

Delphine

Delphine

Pourquoi ce choix de la prison ?

Cet engagement à la prison remonte à mes années d’études : j’ai découvert par hasard une affiche de l’aumônerie de la prison qui proposait de venir célébrer la messe du dimanche en prison.

Pour moi, chrétienne et surtout étudiante en droit, la prison m’est apparue comme un lieu évident.

Quelques années plus tard, j’ai choisi d’arrêter de travailler pour m’occuper des enfants. J’ai cherché un lieu où donner un peu de mon temps et je suis retournée en prison !

Certes, c’est un lieu difficile, parfois brutal et violent ; un lieu où se vit bien souvent un grand dénuement et une grande pauvreté.

En tout cas, c’est un lieu où j’ai pu vivre de très belles rencontres, où j’ai croisé des femmes bouleversantes, des femmes d’une grande force.

Quelle est la présence de l’Église en prison ?

La présence des religions dans les lieux privatifs de liberté vise à assurer une obligation constitutionnelle : la liberté d’opinion et d’expression et donc le libre exercice du culte.

La présence de l’Église catholique en milieu carcéral est très ancienne. Celle-ci a toujours été présente sur les lieux de fracture sociale.

Pour comprendre cela, il faut revenir à la Croix. Le Christ est mort sur la Croix, lieu de rejet et de malédiction.

La Croix est aussi le symbole de l’Église : au soir de la mort de Jésus, l’Église est présente, elle se rassemble autour de la croix. En mourant sur la Croix, Jésus va au plus loin de sa solidarité avec les hommes. La présence de l’aumônerie en prison est le signe de cette proximité du Christ.

Ce n’est pas avant tout une question de charité, mais c’est constitutif de l’identité même de l’Église : rien au monde n’est plus rejeté à jamais.

Que faites vous concrètement chaque semaine lorsque vous vous rendez en prison dans le cadre de l’aumônerie ?

L’aumônerie propose en prison :

  • des célébrations, messes ou temps de prière,
  • des rencontres individuelles,
  • enfin le groupe d’aumônerie qui se réunit une fois par semaine.

Toutes les détenues qui le souhaitent peuvent demander à participer au groupe, sans aucune condition.

Avec cette petite équipe, on parle de Dieu, de la foi, on prépare les fêtes religieuses, on lit la Bible … On prend aussi le temps d’échanger des nouvelles : c’est un vrai lieu de convivialité et de fraternité.

Les aumôniers de prison ne connaissent rien du passé des détenus. C’est un des rares lieux où l’on ne regarde pas le détenu selon ce qu’il a commis et c’est très précieux.

Le groupe de l’aumônerie, c’est donc un lieu de découverte, de liberté, de parole et d’écoute. Un lieu où se vivent des partages vrais.

La prison, un lieu d’espérance ?

Oui, au cœur de la prison, l’aumônerie est un lieu d’espérance… En prison, la parole de Dieu a un écho tout particulier.

Lire avec des femmes en détention l’Évangile de la femme adultère, la Samaritaine ou l’histoire du fils prodigue, ce n’est pas banal ! Jésus vient nous dire et vient leur dire : « Tu vaux plus que ce que tu as commis ! ».

Un jour, avec le groupe d’aumônerie, j’ai voulu partagé autour de l’Évangile du jour qui était les Béatitudes… La rencontre était difficile à préparer. Comment venir dire a ces femmes : « Heureux les pauvres, heureux ceux qui pleurent…» Alors simplement, nous avons lu le texte et pris un temps de silence. Puis une femme a pris la parole. Elle était très éloignée de l’Église et n’avait jamais entendu le texte. Elle était très émue et touchée et nous a dit : « c’est très beau … quand je lis ce texte, ça me parle beaucoup, j’ai l’impression qu’il parle de ma vie »

Finalement, par des situations très douloureuses, le cœur de l’homme s’ouvre à la Parole et à la présence de Dieu.

Nous ne sommes pas dans quelque chose où Dieu, tout puissant d’amour, vient tout pardonner comme en « passant l’éponge ». L’aumônerie est un lieu où l’on accompagne la personne à aller au plus vrai d’elle-même et tenter de pense qu’il lui est possible de vivre autrement. C’est croire que tout homme est capable de se relever et de se remettre debout.


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