Les Croisades : la Terre Sainte, une nouvelle patrie

Le 15 juillet 1099, Jérusalem tombe aux mains des Croisés. Le voyage aura duré plusieurs années. Le but est atteint pour la plupart de ceux qui avaient quitté leur foyer pour permettre de faire librement leur pèlerinage en Terre Sainte.

Après avoir accompli leurs dévotions un grand nombre de pèlerins prirent le chemin de retour. Mais qui allait rester pour garder libre pour plus tard l’accès à Jérusalem ?

D’autres Croisés, peu nombreux, s’apprêtèrent à rester sur place et allaient fonder les États Latins d’Orient. Ces États vont exister et survivre durant près de deux siècles.

Commence alors une nouvelle étape qui n’avait pas du tout été anticipée au début des croisades…

Les Croisades : la Terre Sainte, une nouvelle patrie

Les Croisades : la Terre Sainte, une nouvelle patrie

Cet article est la suite de « Les Croisades : la prise de Jérusalem ».

L’installation des États Latins sous la direction de Godefroy de Bouillon

Après avoir accompli leurs dévotions, un certain nombre de pèlerins prirent le chemin du retour. Ils ont délivré Jérusalem, leur vœu est accompli.

D’autres Croisés s’apprêtent à rester en Orient, notamment un certain nombre de chefs militaires dont l’objectif était double :

  • Pour certains, il fallait conserver une présence des Croisés en Terre Sainte. Sans cela, les pèlerins risquaient à nouveau de ne plus pouvoir accéder aux Lieux Saints.
  • Pour d’autres, la Croisade était l’occasion de s’installer sur des terres qu’ils n’auraient pu trouver en Occident.

Comme à chaque fois, se mêlait le bon grain et l’ivraie…

Le premier à diriger ces États fut Godefroy de Bouillon. Il fut préféré par les autres chefs militaires présents au Comte de Toulouse, Raymond de Saint-Gilles. Ce dernier avait été désigné par le pape comme chef militaire de la croisade, mais son caractère impétueux et intransigeant inquiétait les barons.

Statue de Godefroy de Bouillon, à Bruxelles

Statue de Godefroy de Bouillon, à Bruxelles

Dès son élection par les barons, Godefroy de Bouillon montra son caractère modeste en refusant d’être nommé roi du royaume de Jérusalem. Il dit : « Je ne porterais pas une couronne d’or, là où le Christ porta une couronne d’épines ». Il prit donc le titre d’Avoué du Saint-Sépulcre, réservant les droit importants du nouvel État à l’Église.

En septembre 1099, il se trouvait quasiment seul dans les territoires conquis avec seulement 300 chevaliers et 2 000 piétons.

Très vite allait se poser la question de la sécurité de ces États et de leurs ressources en hommes. La question était d’autant plus cruciale que les établissements francs étaient très isolés les uns des autres et parfois mal reliés à la mer.

La vie mouvementée des États Latins d’Orient

Quatre États furent créés dans la foulée de la première croisade :

  • La principauté d’Antioche, de 1098 à 1268.
  • Le comté d’Édesse, de 1098 à 1146.
  • Le royaume de Jérusalem, de 1099 à 1291.
  • Le comté de Tripoli, de 1102 à 1288.
Carte des États latins d'Orient

Carte des États latins d’Orient

La principauté d’Antioche

La fondation de la principauté d’Antioche est due à la volonté de Bohémond de Tarente de se tailler un État en Terre Sainte. Avant de participer à la croisade, Bohémond de Tarente, s’était en effet vu préférer son demi-frère cadet comme duc des Pouilles et de Calabre.

Antioche était une ancienne ville byzantine qui n’avait été conquise par les musulmans qu’une dizaine d’années auparavant, en 1084. Le 13 juin 1098, Antioche étant enfin tombée aux mains des Croisés, les armées Croisées reprennent leur route vers Jérusalem, excepté Bohémond qui doit désormais renforcer son fief.

Après la chute d’Édesse en 1144, Antioche fut attaquée par Nur ad-Din, mais réussit à se maintenir.

Il faudra attendre la fin des croisades pour voir la principauté tomber sous les coups de la reconquête dirigée par Baybars. La ville fut prise en 1268 avec la totalité du nord de la Syrie franque.

Le comté d’Edesse

Aux alentours de l’an 1000, la région est peuplée de syriaques de religion chrétienne. Au cours du XIe siècle, la dépossession des princes d’Arménie de leurs principautés en échange de domaines dans l’empire byzantin, puis la pression seldjoukide sur l’Arménie, incitent la population à s’installer en Cilicie. Une importante communauté arménienne s’installe à Édesse.

C’est Baudouin 1er de Boulogne, frère de Godefroy de Bouillon qui va fonder le comté d’Edesse. À des débuts, celui-ci se réduit à la ville et à ses alentours. L’objectif de Baudouin Ier est de se concilier la population arménienne, afin qu’elle sache que leur protection est toujours assurée malgré sa prise de pouvoir. Il cherche aussi à augmenter le territoire du comté et pour cela il épouse une noble arménienne. Quand il apprend la mort de son frère Godefroy de Bouillon, il confie le comté à son cousin et se rend à Jérusalem pour y être couronné roi.

Quelque dizaines d’années plus tard, le comté sera soumis à la pression de la reconquête emmenée par Zengi. Le nouveau compte, Josselin II de Courtenay, va rapidement montrer qu’il n’a pas l’envergure de ses responsabilités.

Après le décès de son père, Nur ad-Din le fils de Zengi, assiège Édesse qui tombe en novembre 1146 et sa population chrétienne, qu’elle soit syriaque ou arménienne, est massacrée.

La prise d’Édesse a suscité une seconde croisade en Europe et l’arrivée de cette croisade fournit un répit aux restes du comté d’Édesse, réduits à la rive ouest de l’Euphrate. Mais au lieu de chercher à reprendre Édesse, les Croisés se tournent contre Damas, pourtant alliée des Francs. La chute définitive du comté se marque par la prise de Turbessel par Nur ad-Din le 12 juillet 1151.

Le royaume de Jérusalem

Jérusalem devint la capitale du royaume latin de Jérusalem qui s’étendait jusqu’à la mer Rouge et à l’isthme de Suez. Repeuplée de chrétiens, elle était le siège des ordres militaires du Temple de Jérusalem et de l’hôpital de Saint-Jean, ainsi qu’un site actif de pèlerinage.

Le Saint-Sépulcre y fut reconstruit en 1149. Une citadelle fut édifiée, dite tour de David. Chrétiens d’Orient et Latins cohabitèrent sans trop de difficultés.

En Occident, la prise de Jérusalem provoqua le départ de nouvelles armées dépassant parfois le millier d’hommes. Mais faute de coordination, ces arrière croisades échouèrent toutes en Anatolie, face aux Turcs qui avaient refait leur unité. La mer devint alors le seul moyen de communication avec l’Occident.

L’archevêque Daimbert de Pise, arrivé à Jaffa avec 120 bateaux, se fit nommer patriarche latin de Jérusalem, attribuer un quart de Jérusalem et la totalité de Jaffa. Godefroi de Bouillon, de son côté promit aux Vénitiens qui venaient de prendre Haïfa, le tiers de toutes les villes qu’ils aideraient à conquérir. Des contingents, norvégiens, arrivés eux aussi par bateau aidèrent également les Croisés établis en Terre sainte à occuper les villes de la côte.

Quelques mois plus tard, après la mort de Godefroi, son frère Baudouin, comte d’Édesse, se fit couronner Roi de Jérusalem par le patriarche latin de la ville. Il étendit le royaume de Jérusalem par les conquêtes d’Arsouf, de Césarée, de Beyrouth et de Sidon.

Les marchands italiens, d’abord réticents à l’idée d’une aventure guerrière risquant de détériorer leurs relations commerciales avec l’Orient, commencèrent à voir dans les croisades un moyen d’élargir le champ de leurs activités. Ils pouvaient ainsi acheter les produits d’Orient à leur source, sans passer par l’intermédiaire des musulmans ou des Byzantins.

Le Royaume de Jérusalem sera déchiré entre factions diverses aboutissant à sa ruine dès la fin du XIIe siècle.

Le comté de Tripoli

Le comté de Tripoli fut créé plusieurs années après la constitution des autres États latins d’Orient. Raymond de Saint-Gilles commença par s’emparer de la forteresse de Tortose (1102).

Il mit le siège devant Tripoli en 1104, mais la ville résista plusieurs années, car les Égyptiens la ravitaillaient par mer. Raymond mourut en 1105, et son cousin Guillaume Jourdain lui succéda. Le siège n’était pas encore terminé qu’arriva d’Europe Bertrand, le fils de Raymond de Saint Gilles qui disputa à Guillaume la possession du comté. Baudouin Ier roi de Jérusalem vint avec toute son armée arbitrer le litige. Ces renforts permirent la prise de la ville le 12 juillet 1109. Les descendants de Bertrand dirigèrent le comté jusqu’en 1187, et le comté passa alors aux princes d’Antioche.

La population franque du comté était principalement constituée de Croisés originaires d’Occitanie et d’Italie. Des États latins d’Orient, c’était le seul où l’on parlait la langue d’oc, contrairement aux autres qui parlaient la langue d’oil.

Les Mamelouks mirent le siège devant la ville qui fut prise le 27 avril 1289, ce qui entraîna le massacre de la population.

Francs et musulmans : entre affrontements et rencontres

L’établissement de contacts courtois entre certains chefs francs et musulmans fait écho aux contacts qui ont lieu depuis l’arrivée des Francs au sein des populations locales.

Les mariages mixtes ne sont pas la norme, mais ils ne sont pas rares. On donnera ainsi le nom de « Poulain » au Franc arabisé, né dans le pays et connaissant ou ayant adopté la langue et les mœurs des Orientaux.

La cohabitation sur le même territoire se fait sans trop de difficultés. En réalité, les divisions nombreuses à l’intérieur même des différents camps favorise aussi les rapprochements incongrus. C’est ainsi que les Égyptiens avaient aidé les Francs à prendre Jérusalem aux Turcs en 1099.

Si les textes d’époque insistent sur des différences ethniques et religieuses qui demeurent très ancrées dans les consciences, la tolérance semble avoir la norme dans la gestion des affaires locales.

L’élan donné au commerce par l’installation de comptoirs vénitiens, pisans ou génois dans les États francs d’Orient favorise les contacts, la circulation des hommes et des idées.

La logique d’affrontement est évidemment présente, mais l’autre sert aussi de contraste et parfois, de modèle indirect. La miséricorde de Saladin envers les habitants de Jérusalem lors de la prise de la ville fait grande impression sur les populations franques, surtout au vu de la violence qui avait été déployée par les chrétiens en 1099.

Ce sont donc des relations complexes qui se tissent entre Francs et Musulmans. Elles sont d’autant plus compliquées qu’il faut aussi intégrer toutes les minorités religieuses et ethniques, qui oscillent entre allégeance à tel ou tel parti et repli communautaire.

Pour en savoir plus

  • Histoire des Croisades de Jean-Richard, Ed Fayard.
  • Les hommes de la Croisade de Régine Pernoud, Ed Fayard Tallandier.
  • Les Croisades vues par les arabes de Amin Maalouf, Ed J’ai Lu.

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