Un fossé entre jeunes et adultes se creuse

Jean-Marie Petitclerc, prêtre Salésien et éducateur spécialisé dans les zones sensibles, nous partage sa vision du monde des jeunes qu’il côtoie.

Lors d’une récente intervention, J-M Petitclerc a repris la phrase de Don Bosco : «  Si nous ne nous occupons pas des jeunes, les jeunes vont s’occuper de nous ». Selon lui, le fossé entre les jeunes et les adultes se creuse. La société Française ne prête pas assez d’attention à sa jeunesse. Le taux de chômage des moins de 25 ans est très élevé quand il n’explose pas dans les zones sensibles.

C’est vrai dans les banlieues mais c’est aussi vrai dans le milieu rural. Plus de 150 000 jeunes sortent chaque année du milieu scolaire sans qualification. Un énorme gâchis. C’est un véritable problème de société. Les entreprises ne font pas de assez de place aux jeunes.

Jean-Marie Petitclerc

Jean-Marie Petitclerc

Un fossé à combler

Le regard des adultes est bien souvent un regard de méfiance et le fossé ne cesse de se creuser entre le mode de vie des jeunes, l’école et celui des adultes.

Chaque lieu est marqué par sa propre culture. Les familles ont déserté l’espace public. L’affectif a pris le pas sur l’institutionnel.

Peu de parents, par amour pour leurs enfants, acceptent de leur fixer des règles. Qui ose encore dire à son enfant qu’il faut rentrer le soir avant 22h ? Trop peu de parents… Les jeunes privilégient de plus en plus la « culture de l’entre-soi » avec ses codes, sa langue. Cette culture est tellement prégnante qu’elle a tendance à envahir l’ensemble de la société et notamment l’école qui doit aujourd’hui gérer ces tensions.

Quand on parle avec les jeunes, on mesure l’écart entre leur comportement en général et le modèle social. Les adultes pensent qu’ils leur manquent de respect et les jeunes partagent le même point de vue sur les adultes. Il est urgent de retrouver la confiance de part et d’autre et de retrouver des codes communs.

Réapprendre à vivre ensemble

Aujourd’hui, les adultes, les jeunes et l’école ont tendance à se renvoyer la responsabilité des blocages. Pour les parents, l’école ne joue plus son rôle. Celle-ci a en effet une place importante mais cela demande de nombreuses adaptations.

Les enseignant ont deux principales missions : l’apprentissage du savoir et du savoir vivre ensemble. Il suffit d’ailleurs de pas grand-chose pour instaurer la confiance. Pourquoi, par exemple, laisser une partie de la classe face à ses difficultés et ne continuer les cours que pour ceux qui ont compris ? Le risque est de les enfermer dans l’échec. On peut mettre en place du tutorat entre les jeunes. Il suffirait de développer la solidarité en permettant aux élèves ayant assimilé les cours de les expliquer à leur camarades, avec leur propres mots et leur propre mode de raisonnement, pour redonner confiance à ceux qui ne suivent pas et leur permettre de retrouver une estime d’eux même. C’est beaucoup plus efficace que de répéter deux fois la même explication. Cela crée en outre une dynamique dans la classe.

Redonner confiance

Il importe de changer de regard sur les notes. Ce n’est pas la notation en tant que telle qui pose problème, mais le jugement de valeurs qu’elle introduit. Il faut bien qu’un jeune se confronte à la réalité mais un élève qui a 2 de moyenne, n’est pas nul. L’enseignant doit au contraire mettre en évidence les progressions de chaque élève. C’est bien plus important que la note.

Il faut aussi expliquer aux parents qu’un élève nul cela n’existe pas, pour qu’ils changent également l’image qu’ils ont de leurs enfants. De plus, il faut cesser de croire qu’il n’y a pas d’autres voies que l’enseignement général pour réussir dans la vie. Trop souvent, les adultes sont prisonniers de cette vision transmise par l’école. Il vaut mieux avoir un CAP et s’épanouir qu’un BAC + 5 et être au chômage… !

Faire une révolution culturelle

Il y a en effet urgence à s’attaquer aux problèmes. Et ce n’est pas seulement en augmentant le nombre d’enseignants que l’on va trouver des solutions…

Les études internationales de l’OCDE soulignent que le système Français, un des plus chers du monde réalise des performances inférieures à des systèmes plus légers donnant d’avantage d’autonomie aux établissement et replaçant les jeunes au cœur du dispositif. Nous devons réfléchir à la manière de refonder l’école en y associant également des familles.

Les liens entre les parents, les élèves et les enseignants doivent être au centre des préoccupations.

Pour en savoir plus

  • La pédagogie de Don Bosco en 12 mots clés, de Jean-Marie Petitclerc, éd. Don bosco. Pour vous guider en tant que parents ou éducateurs.

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