Les Croisades : le départ en Terre Sainte

Les Croisades : en France, aujourd’hui encore, le mot est tabou ou très négatif. Le cinéma montre ainsi des croisés incultes, avides, violents et assoiffés de richesses. Tout le contraire de la foi en Jésus-Christ qui nous fait découvrir un Dieu d’amour et de tendresse. Pourtant les choses sont loin d’être aussi simples et ne se sont pas déroulées de manière manichéenne qu’on voudrait nous le faire croire.

Statue de Pierre l’ermite à Amiens

Statue de Pierre l’ermite à Amiens

Les Croisades fascinent tant par l’ampleur des masses humaines en présence que par les conséquences qu’elles ont eu en Occident comment en Orient. Rien ne justifie la guerre « dite sainte » justifiée au nom de Dieu, qu’elle s’appelle Croisades ou Djihad. Bien au contraire, pour les chrétiens, Jésus-Christ a offert sa vie par amour pour tous les hommes.

Mais pour avoir un avis sur la question, encore faut-il savoir de quoi on parle. C’est l’ambition de cet article afin de se forger votre opinion loin des sentiers battus.

Pourquoi les Croisades en Terre Sainte se sont déclenchées ?

Aller à Jérusalem, une aventure depuis toujours périlleuse

Quand Gunther, l’évêque de la ville allemande de Bamberg, se décide à partir en pèlerinage, il ne sait pas dans laquelle aventure il se lance : 12 000 personnes de son diocèse décident de le suivre.

Pierre l'ermite en croisade

Pierre l’ermite en croisade

Sans trop de difficultés – ce qui en soit est un miracle au vu des dangers de la route et de problèmes logistiques posés – cette foule arrive en Palestine au printemps 1065.

Ces chrétiens se préparaient à fêter Pâques dans la Cité Sainte de Jérusalem. C’était sans compter qu’à deux jours de leur but, entre les villes de Césarée et Ramla, une troupe de Bédouins les attend.

Alors que la plupart des pèlerins n’ont aucune arme, ces bédouins vont les tuer sans relâche. Le massacre durera du Vendredi Saint jusqu’au jour de Pâques. Ceux qui ne sont pas tués sont réduits à l’esclavage…. Tels étaient les hasards de la route pour ces chrétiens qui voulaient simplement prier et retrouver les lieux où le Christ avait vécu.

Ces difficultés existaient de longue date et même lorsque les lieux Saints étaient sous la protection des Byzantins (les « Chrétiens d’Orient », dont le siège était à Constantinople, l’actuelle ville d’Istanbul), eux-aussi chrétiens mais en rivalité avec l’Église d’Occident (Rome). Ainsi, vers 1056, Lietbert, évêque de Cambrai et les chrétiens qui l’accompagnent, se trouvent tellement rançonnés à Chypre qu’ils ne peuvent aller plus loin que Laodicée. Ils rencontrent dans cette ville l’évêque de Laon qui leur fait une telle description des difficultés pour se rendre à Jérusalem qu’ils décident de rebrousser chemin.

Pour les pèlerins – souvent des gens modestes et pacifiques – partir en voyage vers Jérusalem, c’était prendre le risque d’être réduits en esclavage ou de se voir tués. Avec la montée en puissance des Turcs Seldjoukides, la situation se dégrade alors encore plus.

Avec l’arrivée des Turcs Seljoukides, la situation devient intolérable

En 1078, les Turcs Seldjoukides délogent de Jérusalem les Fatimides qui y étaient installés depuis 970. À une période de libre accès à Jérusalem par les chrétiens, les Turcs massacrent la totalité de la population de Jérusalem et soumettent les populations chrétiennes aux vexations et à l’esclavage.

Dans le même temps, vaincus à la bataille de Manzikert en 1071, les Byzantins ne peuvent empêcher les Turcs de s’établir à Nicée en 1078 et d’y fonder un royaume en 1081.

L’empereur Alexis Ier Comnène, dont l’empire chrétien d’Orient se trouve menacé par l’invasion des Turcs, demande à plusieurs reprises l’aide des chrétiens d’Occident. Ainsi, les croisades furent lancées pour restaurer le libre accès aux lieux de pèlerinages chrétiens en Terre Sainte.

Qui sont les Turcs Seljoukides

Les Seldjoukides ont commencé à se constituer en empire sous la conduite de leur chef Togrul Beg, petit-fils de Seldjouk. Sorti des steppes du Turkestan, il s’empara à la tête d’une horde turcomane de Nichapour (1037), conquit l’empire des Ghaznévides, mit fin au règne des Bouides d’Ispahan (1055), et se rendit maître de Bagdad (1060).

A sa mort, en 1063, Alp-Arslan, son neveu, soumit  la Géorgie, l’Arménie et une partie de l’Asie-Mineure. Mélik-Chah, fils d’Alp-Arslan, rangea sous ses lois presque toute la Syrie et diverses régions de l’Asie centrale (1072-92). Dès 1074 Soleïman (Soliman), son cousin, fonda un deuxième État seldjoukide à Konyah, État qui comprit l’Asie-Mineure presque entière, la Cilicie et l’Arménie. Après la mort de Mélik, les villes d’Alep, Damas, Antioche et Mossoul formèrent aussi de petites principautés seldjoukides, mais très inférieures en puissance aux deux empires ci-dessus nommés.

La plupart de ces principautés furent renversées pendant les Croisades par les Chrétiens ou par les sultans du Kharezm. Les Seldjoukides cédèrent définitivement la place aux Ottomans au début du XIVe siècle.

Combien y-a-t-il eu de croisades ?

Tout dépend des lieux auxquels on s’intéresse. En effet, il y a eu des croisades aussi bien en Espagne que dans le sud de la France (contre des « Albigeois », autre nom donné aux Cathares) mais aussi dans le nord de l’Europe.

Pour ce qui concerne l’histoire de la Terre Sainte (ce qui regrouperait aujourd’hui très schématiquement les territoires d’Israël, du Liban et de la région côtière de la Syrie), 8 croisades ont eu lieu.

La création et la défense des États latins d’Orient :
  • 1ère croisade (1096 – 1099) : Prise de Jérusalem.
  • 2ème croisade (1147 – 1149) : Réaction à la chute d’Edesse.
  • 3ème croisade (1189 – 1192) : Réaction à la défaite de Hattin.
Des croisades détournées ou impuissantes à changer les évènements :
  • 4ème croisade (1202 – 1204) : Chute de Constantinople.
  • 5ème croisade (1217 – 1221) : L’aventure Égyptienne.
  • 6ème croisade (1228 – 1229) : La tentative de Frédéric II.
  • 7ème croisade (1248 – 1249) : La première Croisade de Saint Louis.
  • 8ème croisade (1270) : La seconde Croisade de Saint Louis.

Leur destin et leur ampleur furent très différents.

Le départ de la Croisade qui prendra Jérusalem

La croisade du peuple

Ainsi, le 27 novembre 1095, au cours du concile de Clermont qu’il a fait réunir, le pape Urbain II appelle à la croisade. Il prêche pour secourir l’empereur byzantin et la libération de la Terre sainte à Jérusalem. En échange de leur participation à la Croisade, il promet le pardon de leurs péchés à ceux qui iront porter secours aux chrétiens d’Orient.

Les gens modestes réagissent en grand nombre à l’appel de Pierre l’Ermite qui lance son fameux « Dieu le veut ». Gautier Sans-Avoir le rejoint, en Champagne et en Lorraine. Le 12 avril 1096 Pierre l’Ermite et Gautier Sans-Avoir parviennent à Cologne avec 15 000 pèlerins.

Pierre l'ermite

Pierre l’ermite

Gautier, emmenant une majorité de Français, quitte le premier Cologne et gagne la Hongrie où le roi lui accorde le libre passage. Gautier continue sa route via Sofia, Philippopoli et Andrinople jusqu’à Constantinople qu’il atteint le 20 juillet sous escorte byzantine.

Les troupes de Pierre l’Ermite atteignent à leur tour Semlin, prennent la ville d’assaut devant le refus de fournir du ravitaillement. Cette troupe se présente finalement devant Constantinople le 1er août 1096 où l’empereur Alexis Ier leur conseille d’attendre la croisade menée par les barons.

Mais devant leurs excès, il leur fait traverser le Bosphore le 6 août et leur assigne la place forte de Kibotos. Les Turcs les chassent alors méthodiquement et les tuent. Avec leurs ossements, ils élèvent une gigantesque pyramide que les chevaliers croisés retrouveront sur leur passage. Sur 25 000 hommes et femmes qui sont partis, seuls 3 000 parviennent à regagner l’empire byzantin. Ils se joindront alors à la croisade des barons.

En parallèle à la croisade de Pierre l’Ermite, d’autres bandes s’illustrent hélas par de nombreux actes violents, notamment à l’égard des communautés juives rencontrées à leur passage dans les villes européennes.

Carte de la 1ère croisade

Carte de la 1ère croisade

La croisade des barons

Si l’appel à la croisade est peu écouté des rois, les barons et les chevaliers se montrent enthousiastes. Nombreux sont ceux qui financent leur expédition par la vente de leurs biens. Le départ est fixé au 15 août 1096.

Les croisades

Les croisades

Le grands seigneurs féodaux répondent à l’appel du pape. Les plus connus sont :

  • Raymond de Saint-Gilles, comte de Toulouse.
  • Bohémond de Tarente et son neveu Tancrède de Hauteville, de la famille des princes normands d’Italie.
  • Hugues le Grand, comte de Vermandois, frère du roi de France Philippe Ier.
  • Robert Courteheuse, duc de Normandie, fils de Guillaume le Conquérant, et son chevalier banneret Jehan des Landes.
  • Robert, comte de Flandre.
  • Godefroy de Bouillon, duc de Basse-Lotharingie, son frère Baudouin de Boulogne et leur cousin Baudouin du Bourg.
  • Étienne II, comte de Blois.

Quatre armées partent ainsi pour Jérusalem en se constituant par regroupements régionaux :

  • les Méridionaux autour de Raymond de Saint-Gilles, qui passent par l’Italie du Nord, la Serbie et la Macédoine.
  • les Français dont Hugues le Grand, Robert Courteheuse et Robert de Flandre.
  • les Lorrains, menés par Godefroy de Bouillon et Baudouin de Boulogne, qui traversent l’Allemagne et les Balkans.
  • les Normands d’Italie, conduits par Bohémond de Tarente et Tancrède de Hauteville, débarquant en Épire.

Formée de contingents féodaux cheminant isolément, encombrée souvent de non combattants, la croisade répond mal au désir du pape qui l’aurait voulu unie sous la direction d’un représentant religieux (le légat) et d’un chef laïc.

Elle répond encore moins aux vœux d’Alexis Ier Comnène, qui entretenait un équilibre complexe avec ses voisins musulmans.

De plus l’arrivée de la croisade pose à l’Empire byzantin des problèmes de ravitaillement et de surveillance. Il va falloir franchir le Bosphore et se mettre en marche en territoire hostile. C’est maintenant une nouvelle étape qui commence…

Lire la suite « Les Croisades : la prise de Jérusalem ».

Pour en savoir plus

  • Histoire des Croisades, de Jean-Richard, éditions Fayard.
  • Les hommes de la Croisade, de Régime Pernoud, éditions Fayard Tallandier.
  • Les Croisades vues par les arabes, de Amin Maalouf, éditions J’ai Lu.

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